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Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /2009 21:00
Non, je ne vais pas vous raconter la soutenance du rapport de stage de Clément, je n'y étais pas, je sais vous êtes déçus.

En fait, je vous avertis que si vous en avez ras le pompon des récits de mes mardi effrénés, vous pouvez cesser de lire ici, merci d'être passés, vous êtes chouettes.

Pour ceux qui y tiennent...

Déjà, il a fallu enchaîner trois réunions, alors qu'une seule suffit à flinguer un mardi. Nous avons reçu les surveillants qui avaient demandé à nous rencontrer pour râler.
Et râler c'est un droit de l'homme, c'est comme dirdumal.
Donc on les a rencontrés, on a écouté, on a dit non, on s'est engueulés entre collègues et on est partis pour le mardiyoupi.

Ça devient compliqué de trouver une place autour de l'ovale, je ne sais pas pourquoi mais on est de plus en plus nombreux. J'ai été obligée de cohabiter avec le chef des sous et presque avec la chef. Agathe et Charles étaient en retard (...), donc nous n'avons pas trop pu dirdumal, ça manque cruellement.
Un salmigondis d'inutilités diverses et variées, dix huit cafés, des delacres (pas moi, je suis raisonnable, pas comme certaines, pan !) suivis par quelques questions intéressantes, quelques vrais soucis soulevés, ont été ponctués uniquement par des exclamations "c'est SCAN-DA-LEUX !". Bon, c'est scandaleux depuis 6 ans, mais on ne bouge pas, ouh là, on attend la rénovation.
On va être rénovés, donc rien ne bougera. Sauf que c'est dans trois ans. Et que ça fait déjà x années qu'on traîne certains problèmes.
J'ai failli me mettre à bouillir, à m'énerver, mais finalement j'ai dit à Richard que je me mettais en mode vibreur et silencieux. J'étais encore placée à l'autre bout de l'ovale, j'étais censée parler en dernier mais j'ai décidé que je ne dirai rien. Mode vibreur.

A 12h10, seuls Richard et moi nous sommes levés pour nous rendre à une réunion avec les profs de ballon et de calipettes prévue à 12h15. On les a un peu regardé travailler, on était fascinés : ils n'avaient même pas de ballons, mais ils bossaient dur, ils écrivaient des trucs sur des vrais cahiers avec des stylos, ils se passaient des feuilles, ils calaient des dates et tout, on était sciés.
On a réglé le souci qui était l'objet de la réunion, et on est partis vers 13h00.

Direction cantine. Joie.
Il restait un monde fou. Je prends quand même mon plateau, passe ma carte et me fais délester de 5€ comme tous les midis.
Je prends 3 serviettes, alors qu'on n'a le droit qu'à deux, mais je plaide à chaque fois que je mange salement et qu'il me faut 3 serviettes.
J'arrive aux desserts, il en reste 1, une banane totalement pourrie. J'ai au moins 70 élèves derrière moi. J'avise la dame derrière la chaîne en lui montrant la banane, et en lui expliquant qu'il n'y avait plus de dessert. "La banane, le chef il a dit qu'on la mettait quand même !" Oui, mais il n'y en a qu'une et on est 70, je sens que ça va poser un souci de partage.
Je demande où sont les autres desserts. "Ah ben y en a plus !" Ah ben si, parce que dans la deuxième chaîne, il en reste plein je viens de passer devant. J'emmerde tout le monde, je bloque la chaîne, tout le monde attend, mais je m'en fous, déjà je ne veux pas une banane pourrie, et d'un, et de deux je ne vois pas pourquoi les élèves qui ont poireauté 3/4 d'heure pour manger un repas gastronomique n'auraient pas droit à un ramequin de deux centimètres de compote en boîte ou à une banane, nanméoh.
Ça gueule en cuisine, mais on finit par apporter 3 cartons de glaces (ça alors ! il y en avait !) qui sont distribuées aux élèves. Maia, one point.
Bon, moi j'en veux pas de glace, PAN ! (la chieuse)

Je vais manger, il reste quelques collègues, Agathe et Charles dépités qui viennent juste de quitter le mardiyoupi, et des profs qui me sautent dessus. Mes nerfs commencent à être mis à rude épreuve.

Je sors en dernier de la cantine, avec la ferme intention d'aller boire un café avant d'attaquer de programme de l'après-midi. J'aperçois mon surveillant fétiche aux prises avec un gaillard très grand et un plus petit, ça parle fort, ça agite les bras, ça chauffe quoi. Une affaire d'une gravité inouïe : deux plateaux non rapportés à la plonge, les deux élèves sont outrés qu'on les rattrape dans la cours pour aller en prison sans toucher 20 000 francs-ne-passez-pas-par-la-case-départ.

Il est trop tard pour prendre un café. Ma collègue Christelle arrive pour mener avec moi les deux entretiens avec des filles absentéistes et molles de sa classe. Le premier se passe correctement, j'arrive à faire la méchante en y croyant presque, bon.
Juste avant de faire venir la deuxième, Sarah arrive en pleurant dans mon bureau ; on lui a volé son téléphone portable, très beau et tout neuf, dans un vestiaire où il n'y avait QUE sa classe.
Une partie de la classe quitte à 15h00, il faut que j'aille faire monter la pression avant. Sauf qu'on doit recevoir une élève avec Christelle, et qu'à 15h00 je ne peux pas m'éterniser, j'ai une commission disciplinaire. Faute de me couper en deux ou trois, je monte gueuler pour le portable. En vain. Pendant ce temps, Christelle reçoit seule la deuxième élève.
Je redescends vers 14h55, je m'entretiens 78 secondes avec l'élève que je reconvoque pour jeudi. Agathe et Richard viennent dans mon bureau, Agathe me fait signe de l'appeler pour aller s'en jeter un, je lui dit que ça va être tendu pour cause de commission disciplinaire, et Richard récupère son agenda dans mon bureau, bon.

On monte, toujours avec Christelle (elle a une chouette classe), pour la commission disciplinaire.
Il y a un prof qui squatte le bureau de not'adjoint. Je pointe ma tête par la porte, mandieu c'est la tête de con du même syndicat que moi, celui qui me ferait renoncer à mes convictions (mais pas manger de la cervelle de mouton, référence Vincent D. inside).
Alors ce monsieur qui enseigne en BTS, est ul-cé-ré car on ne veut pas lui pondérer deux de ses heures de cours pendant lesquelles il n'a pas d'élèves.
En clair, il se roule par terre pour être payé 1H15 pour 1H effective de cours le mercredi matin, jour où ses élèves sont en stage. Donc pas au lycée. Pas devant lui. Pas en cours quoi.
Je vous rassure, le collègue touche sa paye intégrale en fin de mois, il a juste une demi-journée libre supplémentaire, mais il voudrait qu'elle soit payée une demi-journée-un-quart.
Pas gonflé quoi. Et ça commence à chauffer dans le bureau. (j'en profite pour aller faire pipi pour la première fois de la journée, le bonheur)

Je repasse la tête, la famille est arrivée, on a un quart d'heure (non payé) de retard, et je pense naïvement que not'adjoint va sauter sur l'occaz pour se débarrasser du fâcheux.
Nada, que couic.
Je me mets à bouillir dans le secrétariat, je n'arrive plus à me mettre en mode vibreur.
Christelle vient voir ce qu'il en est (elle discutait avec la maman dans le couloir). Christelle, quand on la voit, on la pense timide, fragile, peu sûre d'elle.
Elle me dit de la laisser faire ; elle entre dans le bureau, elle avise la tête de con, elle lui dit bonjour, puis dit à l'adjoint que ça y est, on peut commencer la commission, elle engage la tête de con à se lever, empêche physiquement (je vous jure) l'adjoint de le suivre, et hop. La tête de con part en beuglant et en menaçant l'adjoint de revenir avec plein de collègues et les textes pour lui enlever ses lunettes et lui mettre un coup de poing sur le nez pour faire valoir ses droits aux quarts d'heure.

On attaque.
 
Kevin a cessé de venir en cours depuis le 16 septembre, la maman a planté tous les rendez-vous planifiés, l'éducateur itou. Et là, en gros elle nous fait comprendre que Kevin a discuté avec son père pendant les vacances et que ça va aller mieux.
o_O
Euhhhhh, comment dire Madame.... Il n'est pas vraiment question qu'il revienne, hein...
Vous le forcez un peu à venir en cours ? Ah, il rentre chez lui après avoir fait semblant de prendre le bus, ok, mais ça fait 1 mois et demi qu'on vous le dit...
"Il est tellement dans sa coquille..."
Moui, ben Caliméro va retourner voir son éducateur, de toutes façons il ne VEUT pas revenir, il sèchera dit-il, résolu (au moins c'est clair), et reprenez contact avec le psy et l'internat, madame, il y a un vrai problème là...

Je redescends à mon bureau, on débriefe avec Christelle, on passe un coup de fil à notre élève, dont la mère est "écrivinte" (sic), qui hésite à rester ou à demissionner, sauf qu'il hésite tous les quinze jours et qu'on commence à perdre patience. L'écrivinte me noie dans un mélo imparable pour éviter de se prendre une soufflante et promet de me recontacter jeudi, comme c'était prévu pour ce matin et jeudi dernier déjà. Brèfle.

Soudain... un instant de répit... je n'ose y croire... et j'ai raison. Un prof individu occupant un poste de prof de math m'appelle, il ne trouve pas ses élèves. C'est assez courant pour lui, il se débrouille pour arriver avec 5 ou 10 minutes de retard, comme ça les élèves sont partis, il les note tous absents, et il rentre plus tôt, astucieux non ?
Il s'embrouille, il ne sait même plus quel groupe il devait avoir, il me fatigue... J'appelle quelques élèves sur leurs portables, ils se sont plantés entre la semaine A et B, le calendrier est effectivement mal foutu avec la date de retour de vacances. Bon. Je réglerai ça jeudi.

Soudain la tête d'ampoule de documentaliste du même syndicat que moi (et qui me ferait renoncer etc.) déboule dans mon bureau. Il y a quatre documentalistes. Le CDI est fermé pour la semaine parce qu'il y a une "pièce de théâtre" dedans (on a une salle de théâtre quand même...). La tête d'ampoule avait oublié que la conseillère d'orientation avait tous ses rendez-vous dans un petit bureau attenant au CDI ! Rha mince, zappée complètement la Cop !
Mais elle a une solution : la conseillère d'orientation pourrait faire ses entretiens dans mon bureau. Parce que moi, dans mon bureau, je fais juste décoration, c'est pas comme si j'avais du boulot, des entretiens, des coups de fils, des élèves, des vols de portables, des exclus, des collés, des collègues, des fâcheux, et quelques nespressos, ok.
Ben en voila une solution qu'elle est simple !
Devant mes yeux écarquillés et mon début de refus pas encore violent mais ça vient, elle propose sinon le bureau des surveillants. Ben oui, c'est pas comme s'ils bossaient aussi.
Je suis lasse, mais lasse ! Je la renvoie dans ses cordes, lui conseille de monter à l'AAAaaaadministration pour trouver une solution à leur connerie, parce que là, je vais lui exploser le filament, à l'ampoule.

Je parviens à rappeler Agathe avec le vague espoir d'aller enfin s'en jeter un. Elle est dans le même état que moi, ras le pompon du club Mickey où elle apprend par les élèves qu'un prof a démissionné et est déjà remplacé par d'autres collègues, que l'assistante de la chef de travaux n'a pas réussi à passer deux coups de fil en 48h00 pour que des élèves aient simplement cours (cours quoi, comme dans un lycée) avec la solution qu'elle avait elle même concoctée, etc. Et elle doit partir, donc on s'encourage mutuellement et on ne boit pas.

Gwen et Christelle reviennent pour parler du voyage en Angleterre et des élèves qui n'ont pas la nationalité française. Je veux me reconnecter sur internet pour consulter les démarches à faire, j'ai procédé de la même manière l'an passé.
"SITE INTERDIT ! VIOLATION DES DROITS de je ne sais quoi ! CE SITE NE REPRESENTE AUCUN INTERET PEDAGOGIQUE !"
La vache !
Je retente le coup quand même ; idem. Alors qu'hier je suis aller pêcher les photos que vous avez pu voir dans mon dernier article, hum... Ça, ça avait un intérêt pédagogique faut dire !

A 18h00, commission disciplinaire, pour varier les plaisirs. Juste avant, Alex me chope au secrétariat parce qu'il n'arrive pas à transformer quatre pages A4 en une page A3 recto-verso. Je lui montre mon talent, je l'humilie devant ses élèves, je l'oblige à se prosterner, je brille, enfin bon, j'ai commission là tout de suite. Mais j'ai au moins sauvé Alex que j'aime beaucoup, donc c'est quand même un plaisir. Et il n'est pas syndiqué comme moi, je vais ptet renoncer à mes convictions...

Commission disciplinaire enfin !

Sans élève et sans parents.

J'ai un petit coup de barre quand même, il fait froid dans le bureau de l'adjoint, et lui-même perd la voix. On décide de lancer les procédures lourdes et urgentes de signalement de mineur en danger, parce que la situation est assez hallucinante. Mais dieu merci allah akhbar on a une super assistante sociale qui va s'en occuper jeudi.

On glose un peu, les deux collègues profs parlent de moyens supplémentaires pour accueillir des élèves en difficulté, mouahahahaha, et elles n'ont même pas encore bu !

Il est 19h00, il fait nuit, il manque des documentalistes ampoules dans les couloirs, il y a une élève (que je ne connais pas) debout et sa maman assise par terre en larmes qui attendent le proviseur et une décision sans doute douloureuse. Je m'arrête, je cherche un peu et je trouve deux chaises, dont une en formica type deschiens, et la maman me remercie en pleurant encore plus, je ne m'attarde pas, elle risquerait de me raconter...

A 19h10, je trouve dans mon courrier le DVD live de Vincent Delerm qui ne sort que la semaine prochaine (Cécé, PAN ! ).

Heureusement... il y a un temps pour tout !

... Il y a un temps pour tout !

Par Le Sioux Tapi - Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
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