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Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /2009 21:22
(Non, ce n'est pas une notice nécrologique !)

Dés le 1er jour de ma vie de cpe titulaire, Marie-Jo a été là
.

D'abord parce que j'ai dû squatter son bureau, le nouveau bureau de cpe n'étant pas fini et étant muré (j'aurais peut-être dû y voir un signe...).
Marie-Jo est la secrétaire du principal. Entre autres.

Donc j'ai squatté une petite table (pour prendre ses marques dans un nouveau bahut et sa nouvelle fonction, le top), Marie-Jo m'a donné des stylos et tout, j'étais bien calée entre un minitel et les casiers, l'oreille bien au niveau de la photocopieuse.
En plus, Marie-Jo a un comptoir assez haut, donc quand je suis assise, je ne la vois pas. Mais je l'entends.
Elle a une voix forte mais très gentille, accueille les parents, en cette période de prérentrée, avec des connaissances et des renseignements super fiables, elle en connaît beaucoup plus que moi. Elle m'explique des trucs quand elle a le temps.

Je comprends vite que c'est une personne incontournable au collège.

Assez vite, après le tourbillon des débuts, nous nous voyons de plus en plus ; Marie-Jo fait bien le café, elle est tout le temps là, elle est secrétaire, assistante sociale, infirmière, reprographe, cpe, prof, dame pipi, gardienne, intendante, jardinière, surveillante.


Elle est surtout hyper drôle. Quand la glace des débuts a fondu, j'ai découvert une femme extra, de confiance, un vrai pilier du bahut. Elle savait aussi donner de la voix quand il fallait, nanméoh.

Je me souviens que c'est elle qui acceptait de gérer le nettoyage de l'oeil de verre d'une élève, parce que moi les yeux, je ne peux pas.

Je me souviens d'avoir pris plein de petits déjeuners à l'arrache, ayant repoussé l'heure du réveil au maximum, j'achetais un pain au chocolat et une canette de jus d'orange sur le chemin, et après la rentrée des fauves, je venais m'avachir sur le comptoir de Marie-Jo.
Je faisais des miettes et me faisais charrier, même par le principal des fois.

Quand je voulais que Marie-Jo édite un truc pour moi, ou me sorte une lettre de son ordi, je collais ma chaise à roulettes à la sienne, à 2 centimètres, collée à son écran, j'étais quasiment sur ses genoux jusqu'à ce qu'elle cède. Et ça marchait 
mistergreen-copie-1.gif .

Je me souviens que ce bureau a été mon divan de psy un nombre incalculable de fois : Marie-Jo était toujours là quand le blues m'envahissait.

Je me souviens qu'on a comparé des longueurs de pantalons, de poils, des largeurs de cuisses, des attaches de soutien-gorge dans le petit réduit du café, parfois presque surprises par le principal ou l'adjointe. On se gondolait.

Je me souviens d'avoir réprimé des fous rires avec elle, en CA, en apercevant la semelle trouée d'un nouvel adjoint champion du monde d'incompétence, très élégant en chemise moutarde et pantalon velours vert.

Je me souviens que Marie-Jo a constitué au bureau la plus magnifique collection d'objets immondes et de mauvais goût : à chaque occasion (vide grenier, déménagement, découverte de perle dans la maison familiale, réception d'un cadeau pour lequel on a souri et remercié en s'effondrant intérieurement...) nous apportions un objet à Marie-Jo.
En vrac il y avait un poisson en céramique marron, une horloge dauphins achetée sur une aire d'autoroute, un cendrier cuvette de chiottes, un chat déguisé en arlequin à paillettes qui joue du violon quand on le remonte.
On a même fait poser des étagères supplémentaires dans le bureau. Le plus drôle, c'était les gens qui ne savaient pas trop s'il fallait se marrer ou si Marie-Jo avait des goûts moisis.

Il y avait aussi sur l'armoire métallique, des photos des collègues tout petits, ou de photocopies de leurs bulletins.

Marie-Jo est devenue une amie, une vraie. On se confiait des tas de trucs, quand une allait mal, l'autre pas et vice versa, j'ai connu ses filles petites, j'en ai eu une comme élève, j'ai calmé Marie-Jo quand le collège d'à côté a appelé parce que la plus grande avait picolé (Pauline, si tu me lis, tu me dois la vie !), on a toutes les deux fait un tour chez les fous, mais pas au même moment ni au même endroit (pourtant on envisageait assez bien une chambre double et un prix de gros). Fortes de nos expériences, on a emmené ensemble un ami, devenu Jésus, chez d'autres fous.

Cette femme a tout de même eu l'outrecuidance de me lâcher. Elle a demandé sa mutation pour un collège tout neuf de la ville d'à côté. Trahison !

J'ai passé un an sans elle, sans faire de miettes sur le comptoir, contemplant un bureau vide de sa savante décoration, avec un café moins bon, une secrétaire moins avenante, une principale plus froide, un collège moins passionnant. J'allais beaucoup moins au secrétariat.

Quand je suis allée chez les fous, Marie-Jo s'est occupée de mon chat un jour sur deux, en alternance avec une collègue. C'était vraiment important pour moi.
Peu après, Marie-Jo (et tout mon entourage) a subi mon nouveau copain : il lui écrit encore 8 ans après, 7 ans et demi après la rupture (hum).

Marie-Jo a aussi mal dormi chez moi avant de passer un concours important où elle est arrivée 1ère, j'ai passé des journées entières chez elle à papoter, dirdumal, rigoler, subir le chien qui m'aimait alors que moi non, me faire embellir la tête par Elise devenue coiffeuse malgré l'heure de colle cruelle que je lui avait fait subir, boire des cafés, manger divinement bien mais trop, dépenser des sous dans les magasins d'à côté, recevoir des cadeaux...

Ce n'est pas une notice nécrologique, ouh là non ! De plus, il y a trop de choses dont je ne me souviens pas, justement, ou bien qui me reviennent trop fugacement.
Nous travaillons assez loin l'une l'autre maintenant, aux deux extrémités de la région, et je suis en train de perdre l'habitude d'aller chez elle, de sonner, de regarder par la trou de la serrure de la porte du garage si on m'a entendue et si on vient m'ouvrir depuis la maison au bout du chemin, et de passer des heures sans les voir passer.

Alors maintenant Marie-Jo, je reviens t'envahir !
Par Le Sioux Tapi - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
- Publié dans : Les états d'âme du sioux
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